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Secteur Fortifié de Maubeuge (SFMA)

Le Secteur Fortifié de Maubeuge (SFMA) représente l’un des ensembles défensifs les plus complexes et les plus variés de la frontière nord de la Ligne Maginot. S’étendant sur environ 65 kilomètres entre Wargnies-le-Petit et Trélon, il assure la liaison entre le Secteur Fortifié de l’Escaut et le Secteur Défensif des Ardennes. Cette zone stratégique couvre à la fois des régions boisées faciles à défendre, la vallée de la Sambre et l’importante agglomération industrielle et ferroviaire de Maubeuge.

Le paysage du secteur influence fortement son organisation militaire. Au sud, les forêts de Thiérache et de Mormal forment des barrières naturelles ponctuées de passages étroits favorables à une défense solide. Plus au nord, la vallée de la Sambre concentre les voies ferrées, les routes et les installations industrielles de Maubeuge, ce qui en fait un objectif stratégique majeur en cas d’invasion.

Le SFMA constitue aujourd’hui un véritable musée à ciel ouvert de l’architecture militaire française. On y retrouve des fortifications datant du XVIIe siècle jusqu’aux blockhaus construits en urgence en 1940. Les premiers ouvrages modernes apparaissent entre 1931 et 1932 avec treize casemates CORF de type « anciens fronts Nord » édifiées dans la forêt de Mormal. Ces constructions, allégées mais bien camouflées, constituent la première étape du dispositif défensif.

Entre 1934 et 1935, plusieurs petits ouvrages CORF voient le jour : Ouvrage de Boussois, Ouvrage de la Salmagne, Ouvrage de Bersillies et Ouvrage des Sarts, accompagnés de plusieurs casemates de type « Nouveaux Fronts ». Ces ouvrages devaient initialement s’intégrer dans un programme beaucoup plus ambitieux incluant des positions d’artillerie lourde et un front presque continu entre Solre-le-Château et Valenciennes. Cependant, les restrictions budgétaires et le transfert d’une partie des crédits vers le secteur de Montmédy réduisent considérablement l’ampleur du projet.

À partir de 1936, la priorité est donnée à des constructions plus rapides et moins coûteuses. Près de 150 blockhaus de type « 1re Région Militaire » sont édifiés le long de la ligne principale de résistance (LPR). Une cinquantaine d’emplacements pour tourelles démontables viennent compléter ces positions. Dès 1938, la 1re Région Militaire entreprend également la construction d’une ligne d’arrêt en profondeur composée de gros blockhaus FCR et STG. La plupart de ces ouvrages restent cependant inachevés lors du déclenchement de la campagne de France.

Comme dans d’autres secteurs du Nord, la CEZF projette également une seconde ligne de défense située environ 25 kilomètres à l’arrière. Quelques blockhaus STG commencent ainsi à être construits entre Le Cateau-Cambrésis et Landrecies durant l’hiver 1939-1940, mais ces travaux ne dépassent généralement pas le stade des fondations.

Le commandement du SFMA est successivement assuré par les généraux Henri Hanaut puis Louis Bejard. Le poste de commandement principal est installé à la ferme de Wagnories, près de Hautmont. Le secteur est divisé en deux grands sous-secteurs : celui du Hainaut au nord et celui de la Thiérache au sud.

Les principales unités de forteresse du secteur sont les 84e et 87e Régiments d’Infanterie de Forteresse (RIF), renforcés par plusieurs Régiments Régionaux de Travailleurs chargés des travaux, de la surveillance et des obstacles défensifs. L’artillerie est assurée par les IIe et IIIe groupes du 161e Régiment d’Artillerie de Position (RAP), équipés de pièces de 75 mm, 105 mm, 120 mm et 155 mm.

L’histoire du secteur débute véritablement dans les années 1920 lorsque les premières réflexions sur le tracé de la défense du Nord sont engagées. Initialement, la ligne prévue passe derrière Maubeuge, laissant l’agglomération exposée. Lors d’une inspection menée en 1927, le maréchal Philippe Pétain critique ce dispositif et recommande plusieurs modifications, notamment dans la forêt de Mormal.

En 1930, la CORF reçoit pour mission d’étudier la fortification minimale des forêts de Raismes et de Mormal ainsi que du secteur de Cassel. Le projet présenté en 1931 prévoit treize casemates dans la forêt de Mormal. Il est validé par le général Maurice Gamelin malgré plusieurs restrictions budgétaires. Les tensions internationales croissantes et le réarmement allemand accélèrent ensuite les travaux de fortification à partir de 1935.

À la mobilisation générale d’août 1939, le SFMA dépend de la 1re Région Militaire avant de passer sous le contrôle du 5e Corps d’Armée de la 1re Armée. Le 16 mars 1940, le secteur devient officiellement la 101e Division d’Infanterie de Forteresse (DIF).

Lorsque l’offensive allemande débute les 10 et 11 mai 1940, les divisions de renfort quittent rapidement le secteur pour participer à la manœuvre Dyle-Breda en Belgique. Le SFMA se retrouve alors fortement affaibli. Après la percée allemande de Sedan et le franchissement de la Meuse, les unités allemandes menacent rapidement les arrières du secteur.

À partir du 16 mai, les destructions de ponts et les replis préventifs se multiplient. Le lendemain, les forces allemandes atteignent Avesnes et Landrecies tandis que les combats s’intensifient dans le sud du secteur. Les positions de Solre-le-Château, Ramousies et Liessies tombent rapidement. Les unités françaises se replient progressivement vers la Sambre afin d’empêcher les franchissements ennemis.

Les combats autour de Maubeuge deviennent extrêmement violents les 18 et 19 mai 1940. Les ouvrages de Marpent, Hautmont et Recquignies tombent successivement sous les attaques allemandes. Le canon de 88 mm est utilisé contre les cuirassements des ouvrages CORF, provoquant leur neutralisation progressive. Les ouvrages de Boussois et de la Salmagne subissent des tirs directs particulièrement destructeurs.

Le 20 mai 1940, tandis que Heinz Guderian atteint la Manche à Abbeville, les armées alliées du Nord sont encerclées. Le SFMA cesse progressivement d’exister comme ligne cohérente de défense. Les casemates de la forêt de Mormal tombent à leur tour sous les attaques de chars allemands. Les derniers ouvrages capitulent entre le 22 et le 23 mai 1940 après de violents combats et plusieurs sabotages effectués par leurs équipages.

Les survivants des régiments de forteresse se replient alors vers Lille puis vers Dunkerque. Certains éléments combattent encore à Boulogne-sur-Mer ou au Mont des Cats avant d’être capturés. Une partie des hommes parvient néanmoins à être évacuée lors de l’Opération Dynamo, tandis que de nombreux autres soldats sont faits prisonniers.