Le Secteur Défensif des Ardennes (SDA) constitue une formation tardive et réduite issue de la réorganisation du Détachement d’Armée des Ardennes (DAA). Créé officiellement à la fin de l’année 1939, il couvre un front relativement court compris entre une ligne sud d’Anchamps – La Neuville et Honnogne – Pont-à-Bar – Vrignes. Il est encadré à l’ouest par le DAA et à l’est par le Secteur Fortifié de Montmédy.
Le SDA se situe dans une zone géographiquement complexe dominée par le massif ardennais. Cette région est caractérisée par une alternance de plateaux boisés, de vallées profondes formées par la Meuse et la Semoy, et de passages étroits conditionnant fortement les axes de communication. Comme dans le reste des Ardennes, cette zone est longtemps considérée par l’état-major français comme naturellement défensive, ce qui explique la faiblesse initiale des fortifications.
Jusqu’au milieu des années 1930, le secteur ne bénéficie d’aucune organisation défensive structurée. Les premières réalisations apparaissent tardivement sous forme de blockhaus légers de type Main d’Œuvre Militaire (MOM) et Barbeyrac, implantés directement en bordure de la Meuse. À partir de 1938, quelques ouvrages plus solides de type STG viennent compléter le dispositif, sans toutefois former une véritable ligne homogène.
Le système défensif du SDA repose sur une organisation légère et très hétérogène. On distingue principalement une ligne de blockhaus le long de la Meuse, interrompue dans les grands méandres, notamment à Monthermé et Mézières, où seuls les points de passage sont fortifiés. Cette ligne est constituée d’environ 110 blockhaus légers construits entre 1935 et 1938.
À ces ouvrages s’ajoutent deux casemates d’artillerie STG armées de canons de 75 mm situées à Flize et Nouzonville, ainsi qu’une dizaine de blockhaus STG Mle 1939 partiellement inachevés, concentrés principalement en avant de Mézières. Enfin, une seconde ligne arrière CEZF, commencée en 1939-1940, devait renforcer la profondeur défensive mais reste largement inachevée et inutilisable au moment du combat.
Une particularité du SDA réside dans la présence de plusieurs maisons fortes de type Ardennes, construites entre 1936 et 1937 sur les principaux axes routiers. Ces ouvrages constituent les seuls éléments réellement structurés du secteur mais restent isolés et insuffisamment nombreux.
Sur le plan organisationnel, le SDA est créé le 20 novembre 1939 et confié au général François-Arthur PORTZERT, en même temps que la 52e Division d’Infanterie. Il est ensuite intégré au 4e Corps d’Armée de la 9e Armée et transformé début 1940 en 102e Division d’Infanterie de Forteresse (DIF).
Les forces du SDA sont organisées en trois sous-secteurs principaux : Sécheval au nord, Étion au centre et Boulzicourt au sud-est. Ces unités sont appuyées par des éléments d’artillerie et du génie provenant principalement du SF de Montmédy.
En mai 1940, le SDA devient l’un des premiers secteurs directement touchés par l’offensive allemande. Le 13 mai 1940 marque le début de l’effondrement du secteur avec le franchissement de la Meuse à Monthermé par la 6e Panzerdivision.
Le 14 mai constitue la journée décisive avec des combats autour de Monthermé et Mézières. Les positions françaises sont progressivement débordées par les unités blindées allemandes.
Le 15 mai 1940, le secteur est contourné sur ses flancs et les unités françaises se replient vers une ligne Rocroi–Signy-l’Abbaye qui ne sera jamais stabilisée.
Le 16 mai marque la désintégration effective du secteur. Le général PORTZERT est capturé et les unités sont dispersées ou détruites.
Le Secteur Défensif des Ardennes cesse alors d’exister en tant qu’entité militaire cohérente. Son effondrement rapide illustre les limites d’un dispositif défensif léger face à une guerre de mouvement.