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Détachement d’Armée des Ardennes (DAA)

Le Détachement d’Armée des Ardennes (DAA) constitue l’un des secteurs les plus vastes et les plus complexes du dispositif défensif français à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Il couvre initialement, à la mobilisation de 1939, un large espace compris entre Trélon et Pont-à-Bar, assurant la liaison entre le Secteur Fortifié de Maubeuge à l’ouest et celui de Montmédy à l’est. Cette zone, rapidement réorganisée, sera ensuite recentrée entre Trélon et Givet.

Le DAA se distingue par une géographie contrastée. À l’ouest, il prolonge les structures défensives du Nord avec des forêts denses entrecoupées de trouées naturelles faciles à franchir. À l’est, il s’enfonce dans le massif ardennais, caractérisé par des plateaux vallonnés et des vallées profondes formées par la Meuse et la Semois. Ce relief complexe joue un rôle central dans la doctrine militaire française, qui considère longtemps les Ardennes comme un obstacle naturel infranchissable — une hypothèse que les événements de mai 1940 viendront radicalement contredire.

Jusqu’en 1935, la région est très peu fortifiée. Les autorités militaires estiment que le terrain suffit à lui seul à ralentir une invasion. Les premières constructions ne débutent réellement qu’entre 1935 et 1936, sous forme de blockhaus de type Main d’Œuvre Militaire (MOM). Ces ouvrages, souvent légers et inachevés, sont complétés par des blockhaus de type Barbeyrac et des modèles issus de la Section Technique du Génie (STG), plus robustes mais encore hétérogènes.

Le dispositif défensif du DAA est donc extrêmement variable selon les zones. À l’ouest, la trouée de Trélon-Anor est protégée par une double ligne de blockhaus, renforcée en 1940 par quelques ouvrages STG et FCR-GA1. Dans les forêts de Hirson et Saint-Michel, une double ligne continue est implantée afin de contrôler les axes de circulation. La forêt de Signy est défendue par une succession de blockhaus Barbeyrac suivant le cours du Gland.

La trouée de Rocroi constitue un point particulièrement renforcé avec une double ligne mêlant blockhaus Barbeyrac et ouvrages STG plus lourds. Enfin, la vallée de la Meuse entre Revin et Givet présente une organisation spécifique avec des défenses orientées nord-sud, intégrant blockhaus légers, tourelles démontables et éléments fortifiés du fort de Charlemont.

Sur le plan organisationnel, le DAA ne dispose pas de troupes permanentes. Il dépend entièrement des unités de renforcement de la 9e Armée. À la mobilisation, le commandement est assuré par le général Haca, rapidement remplacé par le général André Corap, qui prend également la tête de la 9e Armée.

Les forces en présence sont composées de plusieurs divisions d’infanterie et d’unités spécialisées, notamment la 4e Division d’Infanterie Nord-Africaine et la 61e Division d’Infanterie. Ces unités sont appuyées par des formations du génie, de l’artillerie et des régiments régionaux de travailleurs.

En mai 1940, le DAA devient le théâtre d’une des opérations les plus décisives de la campagne de France. Le 10 mai, l’offensive allemande déclenche la manœuvre Dyle-Breda. Les divisions françaises quittent alors progressivement leurs positions dans les Ardennes.

Le 13 mai, les forces allemandes franchissent la Meuse à plusieurs points stratégiques. Le 14 et 15 mai, les combats atteignent leur paroxysme. À Givet, les défenses du fort de Charlemont opposent une résistance notable mais sont neutralisées.

À partir du 16 mai, les positions du DAA sont attaquées sur plusieurs axes simultanément. Les forêts sont nettoyées, les blockhaus tombent les uns après les autres et les lignes de défense se disloquent.

Le 17 mai 1940 marque la fin effective du Détachement d’Armée des Ardennes. Les dernières unités se replient ou sont encerclées, tandis que les forces allemandes exploitent la percée des Ardennes vers l’ouest.

Bien que de courte durée dans les combats, le DAA illustre les limites de la doctrine défensive française face à une guerre de mouvement rapide.